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Reposant sur le respect de la pensée, de son hôte et de son travail, qui constituent la seule constante égalitaire pour tous les esprits. Une lutte contre l'autolyse et ses conséquences. Prouver que seul l’esprit peut créer des œuvres capables de coaliser et de soigner ses propres méfaits.

Le respect est ici fondamental : il s’agit d’honorer la pensée, non pas comme une simple production mentale, mais comme une entité vivante, parfois fragile, parfois puissante. L'hôte — celui ou celle qui pense — doit se reconnaître dans sa valeur, malgré ses doutes. Le travail — cette mise en forme concrète de la pensée — devient alors le prolongement de cette estime.
L’autolyse, ou la dévalorisation de soi par soi-même, est un mal invisible. L’acte de créer, dans ce contexte, devient une forme d’opposition, une reconstruction volontaire. L’art devient thérapeutique non pas parce qu’il évacue la souffrance, mais parce qu’il la rend partageable, traduisible. Rassembler autour d’un même silence guérisseur.

La recherche débute à l'enfance ; celle-ci doit engendrer la contemplation.

Il faut laisser l'enfant prendre son temps. Admirer ce qui l'entoure et le laisser développer une familiarité. Il en développera des questions en abondance, parfois répétitives, qui devront trouver réponse dans ses racines familiales et/ou dans son environnement local.

La contemplation est un acte flâneur dans un monde pressé. L’enfant, livré à sa lenteur naturelle, entre en relation intime avec les choses. Les fixations enfantines — répéter une même question vingt fois — sont essentielles. Cette lente gestation produit des racines intellectuelles profondes.
Le rôle des parents, des aînés, des éducateurs n’est pas de corriger cette énergie, mais de la canaliser et de l’accompagner. Il ne s’agit pas seulement de nourrir ou d’abriter, mais d’offrir une architecture symbolique — une mythologie, une mémoire locale, des gestes simples, des histoires vécues — sur laquelle l’enfant pourra accrocher ses premières compréhensions.
Un enfant privé de cela grandit, certes, mais dans le sable. Et un esprit sans fondation ne peut soutenir de création durable.

« Tout le monde n’est que la somme de son passé et de celui de ses ascendants. »

Il ne reste qu'à chercher ce qu'il nous faut combler dans des cultures différentes et/ou complémentaires. Un alliage de croyances, cherchant à se rapprocher au maximum d'une nouvelle idéologie plus en adéquation avec son temps, sans dénaturer les croyances plus anciennes.

Nous ne sommes jamais vierges. Chaque pensée que nous émettons est teintée d’un héritage. Mais l’acte de création implique une responsabilité : celle de revisiter cet héritage, d’y chercher les lacunes et les angles morts.
Aller puiser dans d’autres cultures — non pour les copier, mais pour y découvrir des clés, des miroirs, des échos — est une manière de combler ces vides. Le but n’est pas la fusion sans discernement, mais l’alliage, le croisement intelligent.
Une nouvelle idéologie, si elle émerge, ne doit pas écraser l’ancienne, mais la prolonger, la relier à son époque, l’actualiser. Ainsi, on ne crée pas une rupture, mais une évolution.

Chaque ascendant doit être capable de répondre aux nécessités primaires de l'enfant.

Le luxe de la recherche ne doit être accessible qu’à un stade aguerri.

Ce stade se manifeste par l'envie de découvrir, par la douleur de la méconnaissance ou par le choc prématuré, pour certaines personnes.

C'est ce point de non-retour dont traite le ???. Ce remède toxique pousse à découvrir de nouveaux horizons, dans l'espoir de finir par les digérer. Et, grâce à cela, atteindre un statut de concorde.

Il y a une différence entre chercher par curiosité et chercher par nécessité. L’aguerrissement survient lorsque l’individu n’a plus le choix : il doit comprendre ou sombrer.
Cette quête s’apparente alors à une fièvre. Certains y entrent par choc — un deuil, une injustice, un effondrement personnel — d’autres par passion pure ou besoin de sens.
Le ??? intervient comme une réponse à ce moment : il n’est ni doux ni rassurant. Il bouscule, confronte, déstructure. Il peut s’apparenter à un remède brûlant.
Et pourtant, c’est dans cette digestion lente que se forge la concorde : non pas une paix naïve, mais une paix lucide, bâtie sur des fractures consolidées. Ce qui est guéri n’a pas vocation à être rouvert.

C'est ce principe que j'appelle ???.
Un état d'esprit qui ratisse toutes les étapes de la création, une icône dont la définition est la recherche, un outil dont l’utilité est de créer.

Puisqu'il faut apprendre, j'ai besoin du ???.
Puisqu'il faut créer, j'ai besoin du ???.
Puisqu'il faut vivre, j'ai besoin du ???.

Le ??? n’est pas une méthode, mais une respiration. Il ne s’impose pas, il s’intègre. Il accompagne les gestes les plus discrets comme les plus audacieux.

l’ordre (prélude à l’apprentissage)

Pour développer cette conscience créative, différentes étapes se présentent. Et avant d'être capable — et surtout d’avoir l’arrogance — d'apprendre, il faut s'organiser.

« Qui peut soutenir l'étude d'un cas dans un système perturbé ? »

S'organiser permet l'optimisation de l'apprentissage. Aucune réponse n'est universelle quant à l'état physique et psychique de chacun. Il faudra donc des séances d'introspection, ainsi que de l'ardeur, pour cocher toutes les cases.
Pour chaque étape, la bataille est propre à chacun.

Avant même de lancer une idée, il faut faire de la place. Le désordre intérieur ou extérieur empêche l'émergence du nouveau. Il ne s'agit pas ici d'une discipline rigide ou militaire, mais d’un respect du terrain.
L’organisation devient une forme de tendresse envers soi : créer les conditions optimales pour accueillir l’inattendu.
C’est un travail silencieux, qui demande de se confronter à ses résistances. Chaque être humain doit trouver son propre équilibre entre structure et fluidité. L’introspection est donc la clé.

Comment organiser son esprit si celui-ci se développe dans un environnement chaotique ?
Il faut donc commencer par l'espace : ce que l'on perçoit, ce qui est palpable et/ou physique. À commencer par son environnement.
Nous ne parlons pas seulement de ranger sa demeure ou ses fichiers, mais bien d’un tri de ce qui vous éloigne de l'essentiel. Tout doit y passer, y compris les lieux ou zones considérés comme « sans importance », bien que ce ne soit jamais le cas.
Mais aussi les personnes, si cela s’y prête.

Il est nécessaire de rappeler qu'organiser ne veut pas nécessairement dire supprimer. Une relation désordonnée n’a pas toujours à être effacée ; elle doit parfois simplement être repositionnée.

Puis l'ordre se manifeste par le temps. Je ne ferai pas l'affront de souligner que se laisser dissiper nuit à l'apprentissage. Il est cependant nécessaire de stimuler un déroulement clair, laissant place à la coordination mais surtout à la liberté — car l'ordre est synonyme de satisfaction, non de contrainte.

Savoir organiser son temps est primordial, mais il est encore plus important d’apprendre à ne rien faire. Le temps est notre plus grande ressource, et pourtant la plus maltraitée.
Être actif ne signifie pas être productif. L’ordre temporel doit être une respiration, pas une pression.
Cadrer ses journées, oui, mais sans étouffer les silences. Le vide est souvent un terrain en attente d’une idée fertile.

« Si l'activité est primordiale, l'ennui, lui, est décisif. »

Comprendre, c’est déstructurer.
Pour comprendre, il faut détruire — pour soi comme pour l’œuvre.

Pour enfin entamer l'organisation de la pensée, critère le plus important pour soutenir l'apprentissage.
Il s’agit de développer une mentalité propre et claire afin d’accueillir, dans les meilleures conditions, les nouvelles pensées et idées susceptibles de nous soigner.

Certains incarnent ce principe par la religion : un ordre global dicté par des principes laissant transparaître, de manière sous-jacente, les points évoqués précédemment.
D’autres ont soif de preuves et nécessitent l'apprentissage par la psychologie et la science.
Peu importe le chemin, aussi louable soit-il : tous cherchent la raison.

Une fois l'ordre établi, le processus d'apprentissage commence. Chaque recherche, chaque entrevue, chaque point d'intérêt peut produire des bienfaits — même lorsque ceux-ci semblent être des inconvénients.
C'est là que se façonne l'apprentissage.

l’ossature

La création n'est innée pour personne. Elle n'est que travail ardu et recul sur ce travail.
Si apprendre de ses erreurs est une devise universelle, en art, cela doit s’élever au rang de mantra.

L'ego doit être mis à distance, car la comparaison n’a aucun sens. Le jugement non plus.
À la place, il faut pratiquer la réévaluation cognitive : se reposer les bonnes questions. Réétudier ses propres pensées pour les déconstruire ou les stimuler, sans porter offense au bagage initial — rappelons qu’il n’est que la somme de son passé et de celui de ses ascendants.

Cette réévaluation permet d’emprunter un chemin plus apte à la création. Chaque remise en question renforce le contenu. Le cycle — j’y reviendrai plus tard.

Une fois le recul pris, les questions posées et les réponses trouvées, des thématiques émergent. Des points d’ancrage, piliers de votre développement.
Une fois organisé et apte à vous questionner vous-même, votre thématique principale doit apparaître avec une clarté sans équivoque.

la consommation (se nourrir pour mieux produire)

La consommation est sans doute le stade le plus important de toute la démarche. C’est ici que se décide votre statut de créateur. La discipline y est primordiale.

Tout créateur est d’abord un lecteur, un spectateur, un auditeur. Avant de produire, il faut ingérer — mais consciemment.
Consommer n’est pas accumuler : c’est dialoguer, décoder, comprendre.
La discipline réside autant dans ce que l’on absorbe que dans ce que l’on rejette.

Tout initiateur de projet doit se nourrir de créations existantes dans son domaine — et au-delà.
Créer sans maîtriser les codes d’un médium mène à l’échec, non en termes de succès, mais de cohérence.

Explorer ce qui a été fait permet de se situer. Il ne s’agit pas de se comparer, mais de comprendre.
Une même thématique peut être abordée de mille manières. Étudier les œuvres existantes révèle vos écarts, vos singularités.

Une œuvre parle — encore faut-il savoir l’écouter.
Il faut parfois y revenir, laisser résonner, accepter que tout ne soit pas immédiatement compréhensible.
L’information peut être une tension, une couleur, un silence.

Vous n’inventerez rien, mais vous pourrez montrer votre réalité.
Votre vision n’est pas nécessaire à tous, mais elle peut être décisive pour ceux qui la reconnaîtront.

le cycle

Un cycle commence par une simplicité acquise. Puis survient la complexité, souvent déclenchée par un choc.
S’ensuit une accumulation — d’objectifs, d’expériences, de désirs — jusqu’au surdosage.
Enfin vient le retour à la simplicité : une simplicité consciente, choisie, focalisée autour d’un objectif unique.

Le cycle reste le même.
Seul le rythme évolue..

EN

Based on respect for thought, for its host, and for its labor—elements that constitute the only true egalitarian constant shared by all minds. A struggle against autolysis and its consequences. To prove that only the mind can create works capable of uniting and healing its own harms.

Respect is fundamental here: honoring thought not as a simple mental production, but as a living entity—sometimes fragile, sometimes powerful. The host—the one who thinks—must recognize their own value, despite doubt. Labor—the concrete shaping of thought—then becomes the extension of this self-regard. Autolysis, or self-devaluation by oneself, is an invisible illness. The act of creating, in this context, becomes a form of resistance, a deliberate reconstruction. Art becomes therapeutic not because it expels suffering, but because it makes it shareable, translatable. Bringing people together around the same healing silence.

The search begins in childhood; it must give rise to contemplation.

The child must be allowed to take their time—to admire what surrounds them and develop familiarity with it. From this, abundant questions will emerge, sometimes repetitive, and they must find answers within family roots and/or the local environment.

Contemplation is a wandering act in a hurried world. The child, surrendered to their natural slowness, enters into an intimate relationship with things. Childhood fixations—asking the same question twenty times—are essential. This slow gestation produces deep intellectual roots. The role of parents, elders, and educators is not to correct this energy, but to channel and accompany it. It is not merely about feeding or sheltering, but about offering a symbolic architecture—a mythology, a local memory, simple gestures, lived stories—upon which the child can hang their first understandings. A child deprived of this may grow, yes—but on sand. And a mind without foundations cannot sustain lasting creation.

“Everyone is nothing more than the sum of their past and that of their ancestors.”

All that remains is to seek what we must fill through different and/or complementary cultures. An alloy of beliefs, striving to come as close as possible to a new ideology better suited to its time, without denaturing older beliefs.

We are never blank slates. Every thought we emit is tinted by an inheritance. But the act of creation carries a responsibility: to revisit that inheritance, to search for its gaps and blind spots. Drawing from other cultures—not to copy them, but to discover keys, mirrors, echoes—is a way to fill those voids. The goal is not indiscriminate fusion, but intelligent alloy. If a new ideology emerges, it must not crush the old one, but extend it, connect it to its era, update it. Thus, creation is not rupture, but evolution.

Each ancestor must be able to meet the child’s primary needs.

The luxury of research should only be accessible at an advanced stage.

This stage reveals itself through the desire to discover, through the pain of ignorance, or through premature shock, for some individuals.

This is the point of no return addressed by the ???. This toxic remedy pushes one to explore new horizons, in the hope of eventually digesting them—and through this, reaching a state of concord.

There is a difference between searching out of curiosity and searching out of necessity. Hardening occurs when the individual no longer has a choice: they must understand or collapse. This quest then resembles a fever. Some enter it through shock—a loss, an injustice, a personal collapse—others through pure passion or a need for meaning. The ??? intervenes as a response to this moment: it is neither gentle nor reassuring. It disrupts, confronts, deconstructs. It can resemble a burning remedy. And yet, it is through this slow digestion that concord is forged—not a naïve peace, but a lucid one, built upon consolidated fractures. What is healed is not meant to be reopened.

This is the principle I call ???. A state of mind that spans every stage of creation, an icon whose definition is research, a tool whose purpose is to create.

Because one must learn, I need the ???.
Because one must create, I need the ???.
Because one must live, I need the ???.

The ??? is not a method, but a breath. It does not impose itself; it integrates. It accompanies the most discreet gestures as well as the most audacious ones.

Order (a prelude to learning)

To develop this creative awareness, several stages present themselves. And before being capable—and above all before having the arrogance—to learn, one must organize.

“Who can sustain the study of a case within a disturbed system?”

Organization allows learning to be optimized. There is no universal answer regarding each person’s physical and psychological state. Introspection sessions, along with determination, are therefore required to check all the boxes. At each stage, the battle is personal.

Before even launching an idea, space must be made. Inner or outer disorder prevents the emergence of the new. This is not about rigid or military discipline, but about respect for the terrain. Organization becomes a form of tenderness toward oneself: creating optimal conditions to welcome the unexpected. It is silent work, demanding confrontation with one’s resistances. Each human being must find their own balance between structure and fluidity. Introspection is therefore the key.

How can one organize the mind if it develops in a chaotic environment? One must begin with space: what is perceived, what is tangible and/or physical—starting with one’s environment. This is not merely about tidying one’s home or files, but about sorting what distances you from the essential. Everything must be considered, including places or zones deemed “unimportant,” though they never truly are. People as well, when appropriate.

It is necessary to recall that organizing does not necessarily mean eliminating. A disordered relationship does not always need to be erased; sometimes it simply needs to be repositioned.

Order then manifests through time. I will spare the obvious point that letting oneself scatter is detrimental to learning. Yet it is necessary to encourage a clear unfolding, allowing coordination but above all freedom—because order is synonymous with satisfaction, not constraint.

Knowing how to organize one’s time is essential, but it is even more important to learn how to do nothing. Time is our greatest resource, and yet the most mistreated. Being active does not mean being productive. Temporal order must be a breath, not a pressure. Structuring one’s days, yes—but without suffocating silences. Emptiness is often a field awaiting a fertile idea.

“If activity is essential, boredom is decisive.”

To understand is to deconstruct. To understand, one must destroy—for oneself as for the work.

Only then can one begin organizing thought, the most important criterion for sustaining learning. This means developing a clear and personal mindset in order to welcome, under the best conditions, new thoughts and ideas capable of healing us.

Some embody this principle through religion: a global order dictated by principles that subtly reflect the points mentioned above. Others thirst for proof and require learning through psychology and science. The path does not matter, however noble it may be: all seek reason.

Once order is established, the learning process begins. Every search, every encounter, every point of interest can produce benefits—even when they appear to be drawbacks. This is where learning takes shape.

The framework

Creation is innate to no one. It is only hard work and distance from that work. If learning from one’s mistakes is a universal maxim, in art it must rise to the level of a mantra.

The ego must be set aside, as comparison is meaningless. Judgment as well. Instead, cognitive reappraisal must be practiced: asking the right questions again. Re-examining one’s own thoughts to deconstruct or stimulate them, without offending the initial baggage—remembering that it is only the sum of one’s past and that of one’s ancestors.

This reassessment allows a path more conducive to creation. Each questioning strengthens the content. The cycle—I will return to it later.

Once distance is taken, questions posed, and answers found, themes emerge. Anchoring points, pillars of your development. Once organized and capable of questioning yourself, your main theme must appear with unequivocal clarity.

Consumption (nourishing oneself to produce better)

Consumption is undoubtedly the most important stage of the entire process. It is here that your status as a creator is decided. Discipline is paramount.

Every creator is first a reader, a spectator, a listener. Before producing, one must ingest—but consciously. Consuming is not accumulating: it is dialoguing, decoding, understanding. Discipline lies as much in what one absorbs as in what one rejects.

Any project initiator must feed on existing creations within their field—and beyond. Creating without mastering a medium’s codes leads to failure, not in terms of success, but of coherence.

Exploring what has been done allows one to situate oneself. This is not about comparison, but about understanding. A single theme can be approached in a thousand ways. Studying existing works reveals your gaps and your singularities.

A work speaks—one must still know how to listen. Sometimes it must be revisited, allowed to resonate, accepting that not everything is immediately comprehensible. Information can be a tension, a color, a silence.

You will invent nothing, but you may reveal your reality. Your vision is not necessary for everyone, but it may be decisive for those who recognize it.

The cycle

A cycle begins with acquired simplicity. Then comes complexity, often triggered by a shock. This is followed by accumulation—of goals, experiences, desires—until overdose. Finally comes the return to simplicity: a conscious, chosen simplicity, focused around a single objective.

The cycle remains the same. Only the rhythm changes.

ES

Basado en el respeto por el pensamiento, por su huésped y por su trabajo, que constituyen la única constante igualitaria compartida por todas las mentes. Una lucha contra la autólisis y sus consecuencias. Demostrar que solo el espíritu puede crear obras capaces de coaligar y sanar sus propios daños.

El respeto es aquí fundamental: se trata de honrar el pensamiento no como una simple producción mental, sino como una entidad viva, a veces frágil, a veces poderosa. El huésped —quien piensa— debe reconocerse en su valor, a pesar de sus dudas. El trabajo —la materialización concreta del pensamiento— se convierte entonces en la prolongación de esa estima. La autólisis, o la desvalorización de uno mismo por uno mismo, es un mal invisible. El acto de crear, en este contexto, se convierte en una forma de oposición, una reconstrucción voluntaria. El arte se vuelve terapéutico no porque expulse el sufrimiento, sino porque lo hace compartible, traducible. Reunir en torno a un mismo silencio sanador.

La búsqueda comienza en la infancia; esta debe engendrar contemplación.

Hay que permitir al niño tomarse su tiempo. Admirar lo que lo rodea y dejarle desarrollar una familiaridad. De ello surgirán abundantes preguntas, a veces repetitivas, que deberán encontrar respuesta en sus raíces familiares y/o en su entorno local.

La contemplación es un acto errante en un mundo apresurado. El niño, entregado a su lentitud natural, entra en una relación íntima con las cosas. Las fijaciones infantiles —repetir la misma pregunta veinte veces— son esenciales. Esta gestación lenta produce raíces intelectuales profundas. El papel de los padres, de los mayores, de los educadores no es corregir esa energía, sino canalizarla y acompañarla. No se trata solo de alimentar o proteger, sino de ofrecer una arquitectura simbólica —una mitología, una memoria local, gestos simples, historias vividas— sobre la cual el niño pueda colgar sus primeras comprensiones. Un niño privado de ello crece, sí, pero sobre arena. Y un espíritu sin cimientos no puede sostener una creación duradera.

«Todo el mundo no es más que la suma de su pasado y del de sus ascendientes.»

Solo queda buscar aquello que necesitamos colmar en culturas diferentes y/o complementarias. Una aleación de creencias que aspire a acercarse lo máximo posible a una nueva ideología más acorde con su tiempo, sin desnaturalizar las creencias más antiguas.

Nunca somos vírgenes. Cada pensamiento que emitimos está teñido de una herencia. Pero el acto de crear implica una responsabilidad: la de revisar ese legado, de buscar sus vacíos y sus puntos ciegos. Ir a beber de otras culturas —no para copiarlas, sino para descubrir claves, espejos, ecos— es una manera de colmar esos vacíos. El objetivo no es la fusión sin discernimiento, sino la aleación, el cruce inteligente. Si surge una nueva ideología, no debe aplastar a la anterior, sino prolongarla, vincularla a su época, actualizarla. Así, no se crea una ruptura, sino una evolución.

Cada ascendiente debe ser capaz de responder a las necesidades primarias del niño.

El lujo de la investigación solo debería ser accesible en una etapa curtida.

Esta etapa se manifiesta por el deseo de descubrir, por el dolor del desconocimiento o por el choque prematuro, para algunas personas.

Es de ese punto de no retorno del que trata el ???. Este remedio tóxico empuja a descubrir nuevos horizontes, con la esperanza de acabar por digerirlos. Y, gracias a ello, alcanzar un estado de concordia.

Existe una diferencia entre buscar por curiosidad y buscar por necesidad. El curtimiento surge cuando el individuo ya no tiene elección: debe comprender o hundirse. Esta búsqueda se asemeja entonces a una fiebre. Algunos entran en ella por choque —una pérdida, una injusticia, un derrumbe personal— otros por pasión pura o por necesidad de sentido. El ??? interviene como respuesta a ese momento: no es ni suave ni tranquilizador. Sacude, confronta, desestructura. Puede parecer un remedio abrasador. Y, sin embargo, es en esta digestión lenta donde se forja la concordia: no una paz ingenua, sino una paz lúcida, construida sobre fracturas consolidadas. Lo que ha sido sanado no está destinado a reabrirse.

Este es el principio que llamo ???. Un estado de espíritu que recorre todas las etapas de la creación, un icono cuya definición es la búsqueda, una herramienta cuya utilidad es crear.

Porque hay que aprender, necesito el ???.
Porque hay que crear, necesito el ???.
Porque hay que vivir, necesito el ???.

El ??? no es un método, sino una respiración. No se impone, se integra. Acompaña tanto los gestos más discretos como los más audaces.

El orden (preludio del aprendizaje)

Para desarrollar esta conciencia creativa, se presentan diferentes etapas. Y antes de ser capaz —y sobre todo de tener la arrogancia— de aprender, hay que organizarse.

«¿Quién puede sostener el estudio de un caso dentro de un sistema perturbado?»

Organizarse permite optimizar el aprendizaje. No existe una respuesta universal en cuanto al estado físico y psíquico de cada uno. Serán necesarias, por tanto, sesiones de introspección, así como determinación, para marcar todas las casillas. En cada etapa, la batalla es propia de cada individuo.

Antes incluso de lanzar una idea, hay que hacer espacio. El desorden interior o exterior impide la emergencia de lo nuevo. No se trata aquí de una disciplina rígida o militar, sino de un respeto por el terreno. La organización se convierte en una forma de ternura hacia uno mismo: crear las condiciones óptimas para acoger lo inesperado. Es un trabajo silencioso, que exige enfrentarse a las propias resistencias. Cada ser humano debe encontrar su propio equilibrio entre estructura y fluidez. La introspección es, por tanto, la clave.

¿Cómo organizar el espíritu si este se desarrolla en un entorno caótico? Hay que empezar por el espacio: lo que se percibe, lo tangible y/o físico. Empezando por el entorno. No hablamos solo de ordenar la vivienda o los archivos, sino de clasificar aquello que te aleja de lo esencial. Todo debe pasar por ello, incluso los lugares o zonas consideradas «sin importancia», aunque nunca lo sean realmente. También las personas, si procede.

Es necesario recordar que organizar no significa necesariamente suprimir. Una relación desordenada no siempre debe ser eliminada; a veces solo necesita ser recolocada.

Luego, el orden se manifiesta a través del tiempo. No haré la ofensa de subrayar que dispersarse perjudica el aprendizaje. Sin embargo, es necesario fomentar un desarrollo claro, dejando espacio a la coordinación pero sobre todo a la libertad —porque el orden es sinónimo de satisfacción, no de restricción.

Saber organizar el tiempo es primordial, pero aún más importante es aprender a no hacer nada. El tiempo es nuestro mayor recurso y, sin embargo, el más maltratado. Estar activo no significa ser productivo. El orden temporal debe ser una respiración, no una presión. Estructurar los días, sí, pero sin asfixiar los silencios. El vacío es a menudo un terreno a la espera de una idea fértil.

«Si la actividad es primordial, el aburrimiento es decisivo.»

Comprender es desestructurar. Para comprender, hay que destruir —para uno mismo como para la obra.

Solo entonces puede iniciarse la organización del pensamiento, el criterio más importante para sostener el aprendizaje. Se trata de desarrollar una mentalidad propia y clara para acoger, en las mejores condiciones, nuevas ideas y pensamientos susceptibles de sanarnos.

Algunos encarnan este principio a través de la religión: un orden global dictado por principios que dejan entrever, de manera subyacente, los puntos evocados anteriormente. Otros tienen sed de pruebas y necesitan el aprendizaje a través de la psicología y la ciencia. El camino no importa, por lo noble que sea: todos buscan la razón.

Una vez establecido el orden, comienza el proceso de aprendizaje. Cada investigación, cada encuentro, cada punto de interés puede producir beneficios, incluso cuando parecen inconvenientes. Es ahí donde se modela el aprendizaje.

La estructura

La creación no es innata para nadie. No es más que trabajo arduo y distancia respecto a ese trabajo. Si aprender de los errores es un lema universal, en el arte debe elevarse al rango de mantra.

El ego debe ponerse a distancia, pues la comparación no tiene sentido. El juicio tampoco. En su lugar, hay que practicar la reevaluación cognitiva: hacerse las preguntas correctas. Reestudiar los propios pensamientos para deconstruirlos o estimularlos, sin ofender el bagaje inicial —recordemos que no es más que la suma del pasado y del de los ascendientes.

Esta reevaluación permite tomar un camino más propicio para la creación. Cada cuestionamiento refuerza el contenido. El ciclo —volveré a ello más adelante—.

Una vez tomada la distancia, planteadas las preguntas y encontradas las respuestas, emergen las temáticas. Puntos de anclaje, pilares de tu desarrollo. Una vez organizado y capaz de cuestionarte a ti mismo, tu temática principal debe aparecer con una claridad inequívoca.

El consumo (nutrirse para producir mejor)

El consumo es, sin duda, la etapa más importante de todo el proceso. Aquí se decide tu estatus como creador. La disciplina es primordial.

Todo creador es antes lector, espectador, oyente. Antes de producir, hay que ingerir —pero conscientemente. Consumir no es acumular: es dialogar, descodificar, comprender. La disciplina reside tanto en lo que se absorbe como en lo que se rechaza.

Todo iniciador de proyecto debe nutrirse de creaciones existentes en su campo —y más allá. Crear sin dominar los códigos de un medio conduce al fracaso, no en términos de éxito, sino de coherencia.

Explorar lo que ya se ha hecho permite situarse. No se trata de compararse, sino de comprender. Una misma temática puede abordarse de mil maneras. Estudiar las obras existentes revela tus desviaciones, tus singularidades.

Una obra habla —aún hay que saber escucharla. A veces hay que volver a ella, dejarla resonar, aceptar que no todo sea inmediatamente comprensible. La información puede ser una tensión, un color, un silencio.

No inventarás nada, pero podrás mostrar tu realidad. Tu visión no es necesaria para todos, pero puede ser decisiva para quienes la reconozcan.

El ciclo

Un ciclo comienza con una simplicidad adquirida. Luego surge la complejidad, a menudo provocada por un choque. Le sigue una acumulación —de objetivos, de experiencias, de deseos— hasta la sobredosis. Finalmente llega el retorno a la simplicidad: una simplicidad consciente, elegida, centrada en un único objetivo.

El ciclo permanece igual. Solo el ritmo evoluciona.